Au-delà du serpent de mer politique et de son retour possible, petite histoire du train en Ardèche depuis le 19e siècle entre vallée du Rhône et Massif-Central.

Saviez-vous que l’Ardèche est le seul département de France sans train de voyageurs ? Oui, il y des rails le long de la rive gauche du fleuve Rhône, mais ils sont utilisés pour le transport des marchandises. Oui il y avait de nombreuses voies : voici la petite histoire ferroviaire ardéchoise.

Naissance, apogée et déclin en Ardèche
Le réseau ferroviaire s’est développé en Ardèche progressivement à partir du 19e siècle, avec notamment l’ouverture de la ligne entre 1862 (Livron / Privas) et 1880 (ligne rive droite du Rhône dans sa totalité).
Jusqu’à la première guerre mondiale, le réseau poursuit son développement en Ardèche avec plusieurs embranchements du nord au sud, comme entre Le Teil et Alès dans le Gard, Lalevade d’Ardèche et Vogüé ou encore vers Firminy dans la Loire depuis Annonay.
Dès les années 1930, certaines lignes locales ferment, jusqu’à l’apogée du désert ferroviaire avec la fermeture de l’accès voyageur sur la rive du Rhône en 1973 et les derniers voyageurs qui descendent en gare du Teil.
L’Ardèche devient alors le seul département de France sans transport ferroviaire voyageur.

Après 1973, le tourisme ferroviaire
Après cette fermeture aux passagers, la ligne sur la rive droite du fleuve Rhône en Ardèche se maintient; elle est utilisée pour le fret ferroviaire et le transport de marchandises, lui aussi en constante régression depuis 20 ans.
Plusieurs trains touristiques voient le jour, certains disparus comme la ligne entre Vogüé et Saint‑Jean‑le‑Centenier devenu vélorail et d’autres florissants comme la ligne du Mastrou, entre Tournon, Saint-Jean-de-Muzols et Lamastre.
Les trains touristiques en Ardèche
Deux trains touristiques, avec des anciennes locomotives à vapeurs partent ou arrivent en Ardèche :
- Le Mastrou dans les gorges du Doux : 28 kilomètres entre la vallée du Rhône et le Haut-Vivarais ↗
- Le Velay Express, qui arrive et part de Saint-Agrève en Ardèche vers la Haute-Loire ↗
Voies ferrées devenues voies vertes
Aujourd’hui, une partie des anciennes voies ferrées d’Ardèche se transforment progressivement en voies vertes et pistes cyclables, un atout majeur pour le tourisme et la mobilité douce dans le département.
- Itinéraires cyclables et voies vertes en Ardèche

Le serpent de mer ferroviaire
Au fil des décennies, régulièrement, les politiques de tous bords annoncent quelques promesses de retour, avec quelques dates et études.
2008 : protocole et études
En janvier 2008, un protocole réunit les régions Rhône‑Alpes, Languedoc‑Roussillon, PACA (Provence-
Alpes-Côte-d’Azur), ainsi que les départements concernés, pour rouvrir la ligne entre Le Teil, Avignon et Nîmes.
Réseau ferré de France (RFF) estime en 2014 le coût de réouverture à environ 100 millions d’€, pour des recettes annuelles dérisoires; la ligne est jugée non rentable.
2015-2016 : premières études concrètes
En mai 2015, la région Auvergne‑Rhône‑Alpes inscrit la ligne Romans-Le Teil-Avignon dans son contrat État‑Région. Des études SNCF sont financées (65 000 €) et un calendrier pour 2017 avec 7 allers-retour par jour est annoncé.
En novembre 2016, la nouvelle majorité régionale (LR) décide de privilégier d’autres petites lignes régionales, abandonnant provisoirement le projet en Ardèche.
2020-2023 : relance du projet
La région débloque 600 000 € pour des études entre 2023 et 2024, visant une réouverture partielle d’ici 2024, via Le Teil, Le Pouzin et Cruas, pour un coût estimés à 16 millions d’€. L’objectif est notamment de connecter les gares de l’Ardèche et le train TER aux TGV, via la gare de Rovaltain, en moins d’une heure.
En décembre 2023, associations et usagers mobilisés à Valence demandent que la région tienne ses promesses. Le vice-président régional en charge des transports évoque en décembre 2023 des investissements de 2 millions d’€ sur la gare du Teil, mais déplore les contraintes environnementales et appelle l’État à financer les infrastructures.
2024-2025 : opération Train en fête
En décembre 2024, les associations AuterVR (usagers régionaux du TER) et CUTPSA (collectifs des usagers) annoncent le départ d’un train festif le 16 novembre 2025 1 entre Lyon et Bourg-Saint-Andéol, pour sensibiliser élus et population.
En janvier 2025, une réunion au Pouzin précise le déroulement, avec la participation d’élus locaux. Le convoi permettra potentiellement un retour symbolique du trafic voyageurs en Ardèche pour accroître la pression sur les élus.
Des promesses, une réalité
| Période | Promesse politique | Résultat / Réalité |
|---|---|---|
| 2008 | Ouverture Le Teil–Nîmes (horizon 2010) | Étude lancée, trop coûteux, non aboutie |
| 2015 | 7 AR/jour dès 2017, financement Études (65 000 €) | Abandon par région fin 2016 |
| 2023 | Études avec 600 000 €, réouverture partielle en 2024 | Aucun service effectif à ce jour, attentes maintenues |
| 2025 | « Train en fête » expérimental entre Lyon et Bourg-Saint-Andéol | Prévu le 16 novembre 2025, jalon symbolique (annulé) |
| 2025 | Consultation pour le retour du train au Teil | Rendez-vous en 2027 ? |
Enjeux politiques et économiques
- Défi financier et rentabilité limitée
Des coûts (100 millions d’€ à minima) et des recettes faibles : le projet est jugé non rentable. - Multiplicité des acteurs
L’État, la région, SNCF/RFF et collectivités locales doivent s’entendre. A chaque changement de majorité régional, le calendrier semble glisser… comme une patate chaude ?
- Pressions citoyennes et environnementales
Les associations locales tentent de mobiliser pour un désenclavement ferroviaire de l’Ardèche et une réduction de la dépendance automobile, argument repris dans les discours politiques (environnement, congestion, sécurité routière).
- Effets d’annonce et projets concrets
Les promesses électorales abondent, mais la concrétisation dépend des financements de l’État, de la réalisation d’études et des contraintes réglementaires (Autorité environnementale).
Coûts et contraintes de la ligne en Ardèche
- Investissements prévus
La Région Auvergne‑Rhône‑Alpes prévoit 12 millions d’€ pour la rénovation complète de la gare du Teil d’ici 2027. En complément, 2 millions d’€ doivent être investis pour les aménagements techniques ferroviaires.
- Modalités de financement
Les infrastructures (voie, quais) relèvent toujours de l’État via SNCF Réseau, qui réclame une participation financière nationale pour la réouverture de la ligne. La Région prévoit un plan d’un montant de 5 milliards pour l’achat de matériel roulant (130 rames) utilisable sur les lignes régionales dont celle de l’Ardèche.
- Contraintes techniques et réglementaires
En juin 2023, une étude d’impact couvrant quatre saisons sur l’ensemble du tronçon Nîmes-Le Teil, non seulement la gare a été exigé par l’Autorité environnementale. Selon le vice-président régional, Frédéric Aguilera, ces exigences augmentent les coûts et prolongent le projet de 18 à 24 mois.
- Logiques institutionnelles
Des compétences croisées nécessaires pour la mise en oeuvre du projet : la Région finance le matériel roulant et les aménagements en gares : gare du Teil (12 M€) et aménagements (2 M€). L’État, via SNCF Réseau, doit financer les infrastructures : voies, quais, installations techniques.
- Blocage de l’État
La Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) et les élus accusent l’État de suspendre ses financements, remettant en cause les engagements de la Région signés en 2020.
- Mobilisation des acteurs locaux
Citoyens, élus et associations se mobilisent, comme les usagers des transports publics en Ardèche (CUTPSA ↗) ou le maire du Teil en Ardèche et plus de 20 élus du département, avec un retour symbolique pour la fête du train le 16 novembre 2025 sur la rive droite du Rhône.
- Prévisions opérationnelles 2026
Objectifs techniques : ouvrir la gare du Teil à la desserte voyageurs et mettre aux normes les quais pour embarquement/débarquement.
Proposer 4 aller-retours journaliers entre Avignon et Le Teil + 1 aller-retour de Nîmes au Teil (TER liO Occitanie), intégrés à l’offre TER Auvergne-Rhône-Alpes .
Impacts attendus : une fréquentation potentielle basée sur les flux pendulaires de 1 500 déplacements/jour au Pouzin, une diminution de la circulation routière, des gains environnementaux et une inclusivité sociale.
- Risques et obstacles
Du retard avec les études environnementales mandatées par l’Autorité environnementale qui prolongent le calendrier d’au moins 2 ans. L’absence de financement par l’État reste le principale obstacle, en plus des disparités entre les politiques des Régions Occitanie et Auvergne-Rhône-Alpes qui ralentissent les décisions .
- Demain, un train en Ardèche ?
En novembre 2025 l’opération Train en fête* devait servir de test symbolique, permettant de mobiliser attention locale et nationale. Annulée faute des autorisations nécessaires de la SNCF.
La perspective de reprise réelle avec services TER aux habitants du Teil est plutôt pour 2026, avec une extension progressive vers Le Pouzin et Cruas, et plus au nord de l’Ardèche, au rythme des ambitions politiques et de la réalité économique ferroviaire. De possibles développements jusqu’à Romans et la gare de Valence TGV sont envisagés démultipliant les connexions pour le département.
Depuis sa disparition en 1973, le train voyageurs en Ardèche est régulièrement évoqué, parfois comme solution miracle, souvent comme promesse de campagne. Mais les contraintes financières, politiques et techniques ont freiné les avancées. Le premier test symbolique, prévu en novembre 2025, pourrait marquer un tournant vers une dynamique de réouverture pérenne d’ici 2030.
Les promesses de 2008, 2015 et 2023 n’ont jusqu’ici débouché que sur des études et des actions sans concrétisation. L’élément déclencheur attendra probablement que les acteurs publics s’engagent collectivement, avec des financements clairs et un calendrier opérationnel.
Mobilité et transport en Ardèche
Alors comment on se déplace en Ardèche ? En voiture, principalement, et en bus avec une réseau départemental plutôt dense, avec des liaisons interdépartementales vers la Loire, la Haute-Loire, le Gard, l’Isère et bien sûr la Drôme sur l’autre rive du fleuve Rhône.
Pour en savoir plus sur les transports dans le département, rendez-vous sur la page dédiée pour votre mobilité :

Histoire du train en France en carte
L’histoire du train en Ardèche s’inscrit dans le développement du réseau ferroviaire nationale en France, dont voici la carte animée de 1827 à 2021 :

Ardèche+
- Consultation pour le retour du train au Teil en Ardèche sud
- CFD Réseau du Vivarais, Wikipédia ↗
- Cartes des lignes et gares en France, annuaire Pouey de 1933 ↗ (Amazon)
- Ardèche, où est passé ton train, Clive Laming ↗
- Lignes désaffectées en Auvergne-Rhône-Alpes, Wikipédia
- Retour du train en Ardèche, France Bleue 2024 ↗
