C’est dans la vallée de la Bourges en Ardèche que le projet en construction d’un lieu de culte catholique fait polémique bien au delà du bassin de la Fontaulière.
Un projet pharaonique
Au cœur du parc naturel régional dans un village de 436 habitants, saint-Pierre-de-Colombier, une basilique de 3500 places devrait voir le jour d’après le permis de construire délivré par la mairie le 12 décembre 2018.
Dans ce petit village ardéchois de la vallée de la Bourges, le projet de construction d’une vaste basilique a fait naître un conflit emblématique entre aménagement religieux, protection de l’environnement et mobilisation militante.
Porté par la congrégation catholique de la Famille missionnaire de Notre-Dame*, ce centre spirituel prévoit une église de 3 500 places accompagnée de bâtiments d’hébergement, d’un grand parking et d’une passerelle sur la rivière, le tout sur un terrain d’environ sept hectares au cœur du parc naturel régional des Monts d’Ardèche dans un village. Pour ses promoteurs, il s’agit d’accueillir les nombreux pèlerins qui viennent depuis des décennies prier à Notre-Dame-des-Neiges, en donnant au site un rayonnement national, voire international.

Opposition locale et mobilisation
Dès l’annonce du projet, des habitants et des associations locales se structurent dans le collectif Les Ami.e.s de la Bourges*, estimant que la taille du complexe est totalement disproportionnée par rapport au village d’à peine plus de 400 habitants et à son environnement sensible. Ils dénoncent en particulier l’artificialisation de plusieurs hectares de terres agricoles et naturelles, la construction de milliers de mètres carrés de béton et l’impact potentiel sur la biodiversité, dans un secteur reconnu pour ses milieux préservés. Les opposants alertent sur la présence d’espèces protégées d’amphibiens et sur les risques de pollution de la rivière Bourges, dont les berges accueillent les travaux et les futures infrastructures.

Au fil des années, le projet devient un sujet de discorde majeur dans la commune et au-delà, entre ceux qui y voient un moteur de développement spirituel et touristique, et ceux qui y lisent un symbole de bétonisation et de dérive mégalomane religieuse.
Les critiques portent aussi sur la procédure : les adversaires reprochent à l’État d’avoir accordé des autorisations sans étude d’impact environnemental suffisamment approfondie, et d’avoir sous-estimé les enjeux liés au parc naturel régional. Ces tensions locales s’inscrivent dans un contexte national où les grands projets d’infrastructures sont de plus en plus contestés au nom du climat, de la biodiversité et de la démocratie locale.
Une ZAD en devenir ?
Dans ce climat déjà tendu, une ZAD (zone à défendre) s’est installé en juin 2020 sur le chantier par des militants écologistes, des riverains et des soutiens venus d’autres luttes, décidés à stopper physiquement les travaux. Pendant quelques jours, cabanes et tentes se dressent sur le terrain pour empêcher les engins de circuler et pour rendre visible la contestation, donnant à cette affaire une dimension nationale, à l’image d’autres luttes territoriales en France. L’occupation reste brève : à la demande de la préfecture, les gendarmes interviennent et évacuent les zadistes, la représentante de l’État affirmant alors qu’il n’y aura pas de ZAD en Ardèche.

Cette irruption d’une ZAD, même fugace, a pourtant des effets politiques importants. Sous la pression médiatique et militante, la préfecture réunit les différentes parties prenantes, admet des irrégularités dans le dossier et décide la suspension d’une partie des travaux en attendant des études environnementales complémentaires. Les opposants y voient un premier succès et continuent de porter le dossier devant la justice et les instances administratives, tandis que la Famille missionnaire de Notre-Dame défend la légalité de son projet et sa vocation spirituelle.
Le chantier suspendu
4 ans plus tard, le chantier reste encadré par des décisions de justice et des expertises, et l’avenir exact de la basilique demeure incertain, symbole durable d’un affrontement entre visions du territoire et du sacré en montagne ardéchoise, au delà de l’arrêté préfectoral* qui a stoppé les travaux en mars 2024.
Ardèche+
- Une ZAD s’est installée à Saint-Pierre-de-Colombier contre le projet d’église, France bleu ↗
- Le projet officiel de la congrégation ↗
- Le collectif Stop basilique ↗
- Arrêté préfectoral du 18 mars 2024 ↗
- Circuit découverte la Vallée de la Fontaulière
