Basilique Saint-Pierre-de-Colombier ZAD Ardèche

Entre basilique pharaonique et ZAD interdite dans la vallée de la Bourges en Ardèche


C’est dans la vallée de la Bourges que le projet en construction d’un lieu de culte catholique fait polémique bien au delà du bassin de la Fontaulière.

Au cœur du parc naturel régional dans un village de 436 habitants, saint-Pierre-de-Colombier, une basilique de 3500 places devrait voir le jour d’après le permis de construire délivré par la mairie le 12 décembre 2018.

ZAD en devenir ?

Le 15 juin 2020 marque un tournant symbolique dans la contestation de la construction en cours.

Une quarantaine d’opposants avec autant de représentants de l’ordre parsemé depuis la route départementale, sont venus en cet après-midi pluvieux pour déclarer l’installation d’une ZAD ou zone à défendre dans le village de Saint-Pierre-de-Colombier.

Tweet et article @francebleuDA :

Ardèche : une #ZAD s’est installée à Saint-Pierre-de-Colombier contre le projet d’églisehttps://t.co/XeummWyKms pic.twitter.com/mrkuuwnt8u

— France Bleu Drôme Ardèche (@francebleuDA) June 14, 2020

Notre-Dame-des-Landes voulaient faire décoller des avions, Saint-Pierre-de-Colombier prétend le faire avec nos esprits…

Une basilique dans un parc naturel

35 000 m2 d’emprise foncière au bord de la rivière de la Bourges et 17,7 millions d’euros de prévisions pour les coûts de construction dans une commune au budget annuel de 237 000€, telle est la réalité des chiffres au lancement du projet.

Au 21 siècle, 115 ans après la séparation de l’Eglise et de l’Etat, au cœur d’une zone naturelle unique et contre l’avis du parc naturel régional, il est donc possible de construire un bâtiment religieux qui représente près de 10 fois l’ensemble de la population réelle d’un village pour un budget 75 fois supérieur à celui de cette commune.

A l’heure de la déprise rurale constante et d’un vieillissement sans fin de la population de ce territoire faut d’emploi durable et utile, la vallée de la Bourges est en cours de bétonnage, au nom de dieu et pour la Famille missionnaire de Notre-Dame.

Alors que l’économie des vallées de l’Ardèche les plus éloignées de la vallée du Rhône se meurt, les pouvoirs publics semblent soutenir et défendre un projet d’une démesure inversement proportionnel au besoin cultuel de ce territoire, pendant que les églises de chaque paroisse dépérissent.

La liberté de culte est une chose, la destruction d’espaces et d’habitats protégées et la colonisation religieuse d’une vallée une autre, particulièrement en démocratie laïque et républicaine.

Pourquoi, au nom d’une croyance quasiment archaïque, cette haine tenace de la beauté naturelle, de l’équilibre d’un village plusieurs fois centenaires et ce mépris constant de l’environnement à l’heure où la planète dépérit un peu plus chaque jour ?

Au delà d’une pollution réelle et durable et alors que les opinions fleurissent, avec comme seul atout avancé par les tenants d’une collaboration bienveillante « l’emploi et l’économie locale », et si l’on se posait, par jeu de réflexion, la question suivante :

Comment utiliser cet argent pour la vallée de la Bourges et l’Ardèche ?

La Famille Missionnaire de Notre-Dame veut continuer son implantation et développer le territoire ?
Voici quelques suggestions loin d’être exhaustive pour l’utilisation des deniers de l’église, dans l’esprit missionnaire de développement économique et d’intégration au territoire comme l’ont fait certaines congrégations au fil de l’histoire :

Que faire avec 17,7 millions d’euros ?

Restaurer les églises et le patrimoine religieux

Comme partout en France, les églises, les chapelles, les croix et autres petits patrimoines religieux sont très présents en Ardèche. Et parfois dans un état délétère.

Faute de pratiquants et de vocations, de nombreux sites et notamment les églises peinent à trouver des moyens, tant pour leur entretien que pour l’animation religieuse

Combien de restauration, mais aussi d’animations religieuses, au service du développement touristique du territoire et du département pourrait-être engagée avec 17,7 millions d’euros sur l’ensemble des édifices existants de l’Ardèche ?

Reconquérir la châtaigneraie

Comme beaucoup de vallée de la Cévenne ardéchoise, l’exploitation des châtaigniers était une réalité omniprésente encore au siècle dernier.

Surnommé l’arbre à pain, cet arbre magnifique au bois solide qu’est le châtaigner fait encore de l’Ardèche le premier producteur de son fruit, malgré une disparition progressive notamment dans la vallée de la Bourges.

Entretien des terrasses en pierre, bois de qualité, aménagement paysager mais aussi potentiel de la filière de la châtaigne, dont la France importe 9000 tonnes par an, et de ses dérivés (crème, confiture, farine, marrons glacés et autres produits transformés), sont autant d’atout pour ce territoire.

La culture de cet arbre qui peut vivre jusqu’à mille ans est aussi à l’origine d’une entité régionale, le parc naturel des monts d’Ardèche, qui s’étend jusqu’en Haute-Loire et recouvre le pays ardéchois de la châtaigne.

Sur une base de 100 € par arbre fruitier greffé, se sont au moins de 177 000 arbres qui pourraient être plantés ou rénovés ou encore 17 700 hectares de plantation, soit la moitié de la superficie actuellement cultivé en Ardèche.

A elle seule, la basilique et son budget pourrait faire revivre la quasi-totalité de la filière ardéchoise de châtaigne.

Développer durablement les vallées de l’Ardèche

Au delà de la carte postale de ses gorges, du Pont d’Arc et du site de la Grotte Chauvet, la majeure partie des vallées affluentes de la rivière Ardèche sont en déprise économique et démographique.

Un plan de soutien de 17,7 millions d’euros permettraient de redynamiser les territoires concernés pour contribuer à leur renaissance : création de relais à la création d’entreprise, espace de travail partagé, soutien au déploiement de la fibre optique pour les particuliers, installation d’artisans, de médecins…

Les possibilités sont nombreuses comme par exemple :

Soutenir le développement des voies vertes

La Via Ardèche se déploie lentement… mais qu’en est-il de toutes les voies cyclables ou l’aménagement dans les vallées attenantes pour la population locale et les nouveaux arrivants ?

Pour le bassin de la Fontaulière, et la vallée de la Bourges qui la traverse mais aussi la Volane ou encore la haute-vallée d’Ardèche, une réflexion globale sur la mobilité douce, et électrique au regard du relief, avec des investissements conséquents ne serait-il pas pertinent ?

Abonder un fond d’installation agricole

Oui le tourisme est l’avenir, ou en tout cas le présent d’une grande partie de l’Ardèche rural.

On en compte plus les gîtes, locations et autres Airbnb dans le sud du département. Mais la crise du COVID est aussi passée par là, soulignant toute l’importance d’une agriculture locale, diversifiée et pas uniquement tournée vers le tourisme saisonnier.

L’agriculture en Ardèche cévenole est complexe, rude avec des reliefs conséquents.
Mais elle est possible, de nombreux agriculteurs le prouvent, avec également des micro-filières existantes à développer, à l’instar des fournils pour le pain, des marchés paysans ou des plateformes de distribution agricole.

Pour l’encourager, la développer, limiter les déplacements de la population et anticiper de future crise à venir, la création d’un fond de soutien au développement agricole raisonné serait une aubaine pour le territoire. Combien d’installation avec un tel budget ?

Saint-Pierre-de-Colombier et la vallée de la Bourges en Ardèche
Saint-Pierre de Colombier, vallée de la Bourges, Ardèche

Rêvons un peu…

Et vous, que feriez-vous pour l’Ardèche avec 17,7 millions d’euros ?

Installé depuis toujours, nouvel arrivant, habitant dans vos rêves ou dans le futur, que proposeriez-vous comme action pour l’utilisation de ces deniers donnés par le public ?

Deux voix pour une utopie ardéchoise

Portée, à tort ou à raison peu importe, à la fin du siècle dernier par les néo-ruraux et la création de communautés, la réputation de l’Ardèche a fait venir depuis plusieurs décennies de nouveaux arrivants qui se sont installés, l’ont chanté comme feu Jean Ferrat ou en sont repartis changés.

Aujourd’hui dans la vallée de la Bourges s’affrontent deux voix pour un même futur, une même utopie, vivre en Ardèche, tout au long de l’année ou pour une journée de pèlerinage :

Celle des missionnaires

Et celle d’une partie des habitants locaux, proches et ardéchois

S’informer ?

  • Stop basilique, le site des Ami.es de la Bourges est un collectif informel d’habitant.es réuni.es
  • Le site de la famille missionnaire de notre-dame
  • Pétition contre le projet de basilique
  • Saint-Pierre-de-Colombier, c’est où ? Google Maps, Géoportail
  • Une ZAD s’est installée à Saint-Pierre-de-Colombier, France Bleu
  • Une ZAD contre un projet de basique, France 3
  • Les opposants à la basilique installent une ZAD, Le Dauphiné